
Texte de Miguel Piccand, Photos de couverture: zvg/Keystone SDA
Treize ans après sa dernière finale et après 46 saisons dans l’élite, HC Fribourg-Gottéron est enfin champion de Suisse. Au terme d’une série complètement folle conclue en prolongation de l’acte VII à Davos, les Dragons ont offert à tout un canton la plus grande nuit de son histoire sportive. Et les images de Julien Sprunger soulevant enfin la coupe resteront à jamais gravées dans la mémoire collective.
Une finale entrée dans la légende
Treize ans d’attente. Quarante-six saisons dans l’élite. Des générations de supporters persuadés, à force, que quelque chose finirait toujours par mal tourner. Et puis cette nuit du 30 avril 2026, à Davos, HC Fribourg-Gottéron a enfin renversé son histoire.
J’ai pris du temps avant d’écrire cet article. Parce que je suis Fribourgeois. Parce qu’après un tel titre, je voulais être certain de prendre assez de recul pour transmettre ce qu’il restera vraiment de cette finale extraordinaire. J’ai découvert le hockey par la NHL dès mon plus jeune âge, avant de tomber dans la marmite de Gottéron un peu plus tard. Mais j’ai toujours aimé ce sport dans son ensemble, capable de prendre autant de plaisir devant un Davos-Rapperswil qu’un Fribourg-Genève.
Cette série a tout eu. Du chaos, des renversements improbables, des héros attendus et d’autres totalement inattendus. Fribourg a mené 0-3 à Davos dans l’acte V avant de perdre 5-4 en prolongation. Les Dragons ont ensuite survécu lors de l’acte VI grâce à un but de Jeremi Gerber, lui que peu de monde voyait avoir un vrai impact en finale. Puis il y eut cet acte VII, cette prolongation, ce power-play provoqué par Calle Andersson... cette feinte de tir de Michael Kapla et ce tir de Lucas Wallmark qui a libéré tout un canton.
Mieux qu’un conte de fées.

Lucas Wallmark / Photo: Keystone - Gian Ehrenzeller
Sprunger, Berra et les images d’une vie
Parce que le hockey offre parfois des scénarios qu’aucun auteur n’oserait écrire. Julien Sprunger champion de Suisse lors de son 1186e et dernier match dans l’élite, soulevant enfin cette coupe qu’il poursuivait depuis toujours, avant de la transmettre à Reto Berra. Sprunger qui le fait pour sa der’, et pour celle de son gardien. Le capitaine est vraiment né sous une bonne étoile.
Les images resteront éternelles. Andrei Bykov prenant le mégaphone du kop fribourgeois à Davos. Sprunger fêtant le titre avec son ami de toujours. Fribourg en liesse du jeudi soir au dimanche matin. La malédiction enfin levée.
Et ce titre donne encore plus de relief à la carrière de Sprunger. Durant son passage à Gottéron, le club aura changé… 16 fois d’entraîneur. Seize changements sur environ 24 ans de carrière, soit un tous les 18 mois. En réalité, 14 coachs différents, puisque Serge Pelletier et René Matte ont chacun été nommés à deux reprises. Malgré cette instabilité chronique, il est resté. Jusqu’au bout.
Ce sacre appartient aussi à Roger Rönnberg. Le Suédois a transformé la gestion émotionnelle de l’équipe. Fribourg n’a pas seulement gagné : Fribourg a appris à contrôler ses nerfs, ses moments faibles, ses peurs. N'oublions pas Lars Leuenberger qui a su prendre sur son égo pour laisser Rönnberg mener la barque alors qu'il était entraîneur-chef 12 mois plus tôt. Je mentionne également le partant Rikard Franzen puisqu'il était responsable du box-play des Dragons. Ce système très mobile et agressif fut le point fort de l'équipe durant toute la saison.
Et il faut parler de Berra. Je suis d'avis que son maillot doit absolument être retiré. Huit saisons à marquer le club avec des chiffres ahurissants, un titre historique, des play-off monstrueux et probablement un trophée de MVP totalement mérité - en tout cas à l'interne c'est le cas. Les chiffres racontent une partie de l’histoire : Davos a terminé cette finale avec davantage de tirs cadrés (226 à 194) et d'expected goals (17,4 à 15,4). La série s’est conclue avec 16 buts partout. Non, Fribourg n’a pas été dominé. Mais oui, Reto Berra a clairement été le meilleur gardien de cette finale. De quoi peut-être le replacer un peu plus haut dans la hiérarchie de l’équipe de Suisse avant un Mondial à domicile.

Figure 1: Chiffres de Reto Berra lors de ses 8 saisons à Fribourg

Julien Sprunger / Photo: Keystone - Anthony Anex
La fin de l’attente, le début d’un mythe
J’avais présenté cette finale comme extrêmement serrée, avec un succès fribourgeois en sept matches, en expliquant que si le power-play des Dragons se débloquait, Gottéron aurait un léger avantage. Cinq buts en supériorité numérique plus tard, disons simplement que j’aimerais être aussi précis plus souvent dans mes prédictions.
Immense respect également à Wallmark. Critiqué après l’annonce de son retour en Suède, il termine meilleur compteur des play-off avec… « seulement » 14 points en 19 matches. Symbole parfait d’une campagne où les stars n’ont pas écrasé les statistiques mais ont marqué les moments. À ce sujet, Adam Tambellini reste un mystère absolu. Je ne comprends toujours pas comment Josh Holden a pu se passer de lui pendant plusieurs matches de cette finale. Même très certainement diminué, Tambellini avait montré lors de l’acte V qu’il restait capable de changer une série. Le power-play davosien avec et sans lui n’était simplement pas le même.
Enfin, il serait injuste d’oublier les autres artisans de ce titre. Le retour d’Attilio Biasca en quart de finale a profondément changé l’énergie de l’équipe. Avec Rönnberg, il représente sans doute l’un des meilleurs coups réalisés par Gerd Zenhäusern. Et puis il y a Jamiro Reber. Son patinage, son agilité, sa mobilité… un pur délice. Le futur du club est déjà là.
Une pensée également pour Killian Mottet. Comme Andrei Bykov, l’attaquant avait lui aussi été poussé vers la sortie de Gottéron. Bien sûr, l’histoire et l’attachement populaire autour du petit tsar ne sont pas comparables à ceux de Mottet. Mais je suis d'avis que son nom restera lui aussi associé à cette génération qui aura fini par offrir un titre à Fribourg.
Mais pour un week-end au moins, plus rien de tout cela n’avait réellement d’importance. Une parade extraordinaire estimée à plus de 80000 personnes a été organisée dans une atmosphère de fête totale et sans le moindre incident reporté par la police, qui a elle-même félicité la population fribourgeoise.
Fribourg n’attendait plus. Fribourg rêvait éveillé. Et cette fois, personne ne s’est réveillé.

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Photo: Keystone - Anthony Anex