JEUX OLYMPIQUES 2026 – COMMENT LE CANADA A LAISSÉ FILER L’OR

26.02.2026
Aktualisiert am 26.02.2026

Texte de Miguel Piccand, Photos de couverture: zvg/nhl

Cette victoire des Etats-Unis a rendu mon dimanche 22 février… rebondissant. Je n'avais honnêtement pas vraiment de préférence pour cette finale. Bien sûr je pensais que le Canada était le favori, mais comme souligné dans mon dernier article du blog, je voyais les USA comme la seule nation suffisamment structurée pour réellement les concurrencer.

Je le dis, merci l'Amérique. Merci d'avoir prouvé une nouvelle fois à quel point ce sport peut être extraordinaire. Merci d'avoir à nouveau eu une histoire du «petit» qui gagne contre «le grand». N'exagérons rien, les Etats-Unis d'Amérique de ces Jeux constituaient sans doute aussi une des meilleures équipes de l'histoire, mais il était clair qu’ils n’étaient pas favoris face à un effectif comptant les trois meilleurs joueurs du monde. Cependant, sur un match, on savait que tout était possible. Retour sur tous les éléments clés de cette finale qui restera longtemps dans ma mémoire. 

McDavid, peut-être le meilleur joueur de l'histoire selon J. Hughes

Cette finale restera comme l’un de ces matches qui bousculent l’ordre établi et rappellent que le hockey ne se plie jamais totalement aux pronostics. Sur la glace, deux puissances historiques, deux écoles, deux visions du jeu. Et au bout du suspense, une victoire américaine arrachée en prolongation, aussi spectaculaire qu’inattendue.

Privé de son guide naturel, Sidney Crosby, le Canada avançait sans sa boussole émotionnelle. L’absence du capitaine n’était pas qu’un détail de composition : elle a pesé dans les moments où l’expérience et le sang-froid font la différence. Certes, la feuille d’érable alignait une constellation de talents, à commencer par Connor McDavid, le meilleur joueur du monde, et certains s'avancent déjà pour parler du meilleur joueur de l'histoire. Vitesse, créativité, accélérations dévastatrices : tout y était. Mais il manquait cette maîtrise des temps faibles, cette capacité à ralentir le jeu, à absorber la pression, que Crosby incarne depuis tant d’années.

Les Américains, eux, ont joué avec une liberté presque insolente. Bien organisés, disciplinés défensivement, ils ont accepté d’être dominés par séquences. Ils ont plié sans rompre, attendant leur moment. Et quand la prolongation a débuté, la tension est devenue presque irrespirable. Une récupération, une transition rapide, un espace exploité avec justesse : Jack Hughes a surgi et frappé. Son tir a mis fin au duel et ouvert une brèche dans le mythe d’invincibilité canadien.

Makar et les frères Tkachuk – Deux mondes différents

L’image marquante reste cependant l’attitude de Cale Makar sur cette action. Un repli en «se laissant glisser» en pleine finale olympique… Une attitude trop passive dans une partie si attendue, puis ce langage corporel résigné lorsque la rondelle a terminé au fond des filets. Rien d’un effondrement, bien sûr, mais à ce niveau d’exigence, la moindre demi-seconde compte. Ce relâchement furtif a cristallisé la défaite canadienne : une équipe brillante, sûre de sa force, mais surprise d’être punie dans l’instant décisif. Cette posture, presque incrédule, a symbolisé une formation qui pensait contrôler son destin.

La défaite peut aussi se lire à travers un autre prisme, celui de l’esprit olympique. Le choix des Canadiens de loger à l’hôtel plutôt qu’au village a été largement commenté. En privilégiant le confort et l’isolement, ils ont assumé une approche très professionnelle, presque clinique. Mais les Jeux ne sont pas un tournoi comme les autres. Ils reposent sur une vie collective, un brassage, une énergie partagée qui dépasse le cadre strictement sportif.

À l’inverse, les Américains ont pleinement embrassé cette dimension. Selon les frères Hughes, Matthew Tkachuk et Brady Tkachuk ont laissé la porte de leur chambre ouverte pendant deux semaines. Le geste peut sembler anecdotique, mais il dit beaucoup. Une porte ouverte, c’est une invitation permanente, un lieu de passage, de discussions improvisées, de cohésion spontanée. C’est la matérialisation d’un groupe qui vit ensemble, qui respire ensemble. Dans un tournoi court, où la dynamique mentale est primordiale, cette proximité peut devenir une force décisive.

Les planètes qui s'alignent pour les Etats-Unis

Et puis il y a eu la performance majuscule de Connor Hellebuyck. Longtemps critiqué pour ses play-offs décevants avec les Winnipeg Jets, décrit par certains comme incapable de porter son équipe quand la pression s’intensifie, il a livré un match monumental. Réflexes fulgurants, gestion parfaite des rebonds, calme impressionnant face aux assauts répétés : il a frustré McDavid et ses coéquipiers, transformant chaque occasion canadienne en doute supplémentaire. Le gardien catalogué fragile est devenu mur infranchissable.

Il y a dans cette trajectoire une forme de poésie sportive. Un joueur présenté parfois comme un «loser» en club qui s’élève au sommet olympique et «vole» une finale à l’une des plus grandes générations canadiennes : c'est aussi cela qui fait la beauté du hockey. Ou encore le très bon Nathan MacKinnon qui rate une cage vide alors que cela n'arrive jamais ou presque sous les couleurs de l'Avalanche. Cette victoire américaine n’est pas seulement un exploit tactique, elle est la récompense d’un état d’esprit. Elle rappelle que le talent brut ne suffit pas toujours, que la cohésion, l’humilité et la foi collective peuvent renverser les montagnes.

Au fond, c’est aussi cela qui rend ce sport si captivant. Une équipe favorite qui vacille sans son leader, un défenseur d’exception pas appliqué l’espace d’un instant, un gardien décrié qui devient héros, un gros raté et un groupe soudé. Les États-Unis n’ont pas seulement conquis l’or : ils ont illustré que, dans l’arène olympique, l’âme d’un collectif peut triompher des réputations et écrire l’une de ces victoires inattendues qui nourrissent la légende. Je les remercie pour cela.