Jeux olympiques 2026 – Avantage numérique : le Canada en référence, les USA en embuscade

13.02.2026
Aktualisiert am 13.02.2026

Texte de Miguel Piccand, Photos de couverture: zvg/nhl

On a vécu une première semaine vraiment exceptionnelle aux Jeux, notamment grâce à nos skieurs, annoncés comme dominants… et qui l’ont été. Le hockey sur glace a lui aussi débuté, et il est logique de voir émerger trois grands favoris dans ce tournoi. J’ai volontairement attendu de connaître les unités de power-play exactes avant de pondre cet article, afin d’éviter toute imprécision, à quelques heures de l’affrontement (à 21:10) entre notre nation et les dieux canadiens.


Canada – Une unité construite sur la sur-dominance statistique et structurelle

Le Canada fait le choix d’aligner une véritable dream line sur son PP1, un peu comme une équipe classique le ferait lors d’une situation à 5 contre 3. Cette unité réunit Connor McDavid, Nathan MacKinnon, Sidney Crosby, Sam Reinhart et Cale Makar. Sur les saisons 2023/24 et 2024/25, les statistiques montrent que McDavid et MacKinnon figurent au sommet de la NHL en points de power-play par match, souvent au-delà de 0,40 PPP/match, un seuil extrêmement rare. Makar domine quant à lui tous les défenseurs offensifs en production globale, et pas uniquement sur le jeu de puissance.

Mais la force du Canada ne se limite pas aux chiffres bruts. L’unité bénéficie aussi d’un équilibre naturel : deux attaquants gauchers (McDavid, Crosby) et deux droitiers (MacKinnon, Reinhart). Sans être l’argument principal, cet équilibre facilite la circulation rapide, multiplie les options de tirs directs et empêche les défenses de surcharger un seul côté. Couplé à la mobilité exceptionnelle de Makar en haut de zone, cela rend le PP1 canadien extrêmement difficile à lire et à contenir.

Sidney Crosby Penguins

Photo: Sidney Crosby
Photo credits: zvg NHL

On parle tout de même des trois meilleurs joueurs du monde actuellement (le meilleur défenseur et les deux meilleurs attaquants), associés à l’un des plus grands joueurs de l’histoire avec Crosby, et à un bumper d’élite, double champion de la Coupe Stanley, auteur de 77 buts sur les deux dernières saisons (Reinhart). Difficile d’imaginer que cela ne fonctionne pas.

États-Unis – Très proches du Canada du point de vue structurel mais moins de dominance

Le PP1 américain, composé de Auston Matthews, Jack Eichel, Matthew Tkachuk, Tage Thompson et Quinn Hughes, soutient très bien la comparaison. Matthews reste l’un des meilleurs finisseurs de la ligue en avantage numérique, Hughes affiche une production PPP/match proche — voire actuellement supérieure — à celle de Makar, et Eichel demeure un créateur offensif constant.

Comme le Canada, les États-Unis présentent un équilibre 2 droitiers / 2 gauchers chez les attaquants, ce qui permet un power-play fluide et peu rigide dans ses schémas. La différence avec le Canada se situe surtout dans la concentration d’élite : là où le Canada aligne simultanément plusieurs joueurs parmi les tout meilleurs PPP de la ligue, les États-Unis présentent une production légèrement plus étalée. Mais strictement sur le PP1, l’écart reste modéré. Les Américains paraissent clairement avoir les arguments pour au moins ralentir la machine canadienne.

Suède – Un talent presque trop dilué et moins de structure

La Suède aligne Victor Hedman, William Nylander, Lucas Raymond, Mika Zibanejad et Joel Eriksson Ek. Sur le plan statistique, peu de joueurs suédois atteignent les niveaux de production PPP/match observés chez les Canadiens ou les Américains sur deux saisons complètes.

On note également un choix assumé de diluer le talent, avec des joueurs comme Erik Karlsson ou Filip Forsberg utilisés sur la deuxième unité de power-play. À cela s’ajoute un élément structurel : la Suède aligne aussi sur les quatre attaquants trois droitiers pour un seul gaucher (Eriksson Ek). Ce déséquilibre n’est pas rédhibitoire, mais il rend le jeu plus lisible, avec une surcharge naturelle d’un même côté et moins de menaces de tirs instantanés depuis l’aile opposée. Combiné à l’absence d’un hyper-producteur du calibre McDavid ou MacKinnon, cela limite la capacité du PP1 suédois à réellement dominer.

Binnington – Un faux débat à mon avis

Enfin, je souhaitais conclure en évoquant le supposé « problème » Jordan Binnington, pointé du doigt à certains endroits. Les difficultés défensives chroniques des Blues de Saint-Louis ne constituent pas une base fiable pour juger son niveau réel. En contexte international, Binnington a prouvé qu’il savait élever son jeu, gérer la pression et livrer des performances décisives — que ce soit lors de son parcours héroïque de 2019 ou plus récemment lors du Tournoi des Quatre Nations, où il avait littéralement sauvé le Canada en prolongation.

Le Canada demeure le favori logique grâce à un PP1 bâti sur une sur-dominance statistique rare et un équilibre optimal. Toutefois, basé uniquement sur le power-play, les États-Unis ne sont clairement pas très loin, tandis que la Suède semble légèrement en retrait cette année.
Mais heureusement, chaque match doit se jouer, et le hockey nous rappelle sans cesse qu’il réserve toujours des surprises. Ouf.