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Article - Signé Stéphane – Les sceptiques avaient raison

L’avenir aura finalement donné raison aux nombreux sceptiques concernant les chances de titre de Fribourg-Gottéron cette année. L’occasion de faire une parenthèse sur l’arbitrage, qui a fait l’objet de nombreuses remises en question.

Habile communicateur, Christian Dubé s’est évertué à modérer les attentes toute la saison. De très nombreux supporters s’étaient aussi gardés une petite gêne concernant leur équipe en vue des playoffs malgré une saison remarquable. Une sorte de retenue qui, avec du recul, était justifiée.

Rien n’empêche que cette édition de Gottéron avait quelque chose de particulier. Elle était animée par une cohésion hors-norme, quasi outrancière. Une chimie qui ne les a jamais lâchés, sauf au moment où le classement n’était plus un enjeu en fin de championnat. 

La « mayonnaise » a pris facilement en raison de la stabilité du contingent. Mais aussi grâce au coach, qui a su adapter son système pour tirer le meilleur de ses éléments. Sous ses ordres, Mottet est devenu dominant. Schmid est devenu un joueur centre fiable. Marchon, muté à l’aile, a enfin pu montrer son côté offensif.

Ces trois joueurs locaux font la fierté du club et de ses fans. Un sentiment d’appartenance que Christian Dubé a compris depuis longtemps. Le président aussi, lui qui a déroulé le tapis rouge à Christoph Bertschy et qui tente toujours d’appâter Andrea Glauser malgré un contrat valable à Lausanne.

Saison exceptionnelle

En saison régulière, les étoiles semblaient parfaitement alignées pour les joueurs de Gottéron. À tel point qu’ils auraient pu réécrire le bouquin sur l’opportunisme à certains moments. La marque des bonnes équipes, certes, mais aussi le type de saison qu’on peut qualifier d’exceptionnelle. 

Des saisons où tout devient possible, même un titre, sans avoir la grosse « Mannschaft ». On y a d’ailleurs cru jusqu’en quart de finale, alors que presque tout leur souriait. Même si le LHC, à bout de souffle, a été l’artisan de son propre malheur par moment.

Nathan Marchon (Fribourg)

Les mouches ont changé d’âne

Contre Zurich, la bénédiction des étoiles a changé de camp, choisissant l’équipe qui était supérieure en talent et en profondeur de banc avec un véritable deuxième gardien à disposition. Un adversaire coriace qui avait reçu un avertissement gratuit contre Bienne. 

Sans égard à l’étroitesse des scores, c’est exactement le feeling que plusieurs observateurs avaient avant le début de la série contre le grand ZSC. En ce sens, une certaine logique a été respectée. Comme le disent les vieux baroudeurs du hockey, « the game is fair ».

L’arbitrage en question

Plusieurs erreurs nécessitant les excuses de la corporation sont survenues en pré-playoffs et en quarts de finale. En demi-finales, sans être parfaits, les arbitres ont eu le courage de prendre des décisions justes mais impopulaires. Des décisions qui ont notamment provoqué des débordements d’une rare intensité à la BCF Arena.  

Des comportements injustifiables, même sous le coup de l’émotion. Sinon il serait permis de balancer des objets en direction d’un assureur qui vous refuse un remboursement, d’un banquier qui vous refuse un prêt ou encore d’un professeur dont la correction subjective vous irrite.

Personne ne mérite un tel déferlement de haine pour avoir fait son travail au meilleur de sa conscience. Personne !

Arbitres à la vidéo

La grande remise en question

Face à ces récents événements, certains estiment que l’arbitrage régresse. Ceux qui pensent ainsi ont la mémoire courte ou sont peut-être trop jeunes pour se rappeler des playoffs du passé, lorsqu’on évoluait encore au système à trois. Car les matches compliqués et les débordements étaient légion.

Le passage au système à quatre a grandement amélioré les choses. En plus de rendre les arbitres plus anonymes, il a accéléré la standardisation des procédés et permis de réduire les marges d’interprétation. On a aussi peaufiné beaucoup de détails avec l’aide de la technologie. On est passé dans une autre dimension.

Il faut également considérer que les amateurs de hockey et les médias sont beaucoup plus instruits aujourd’hui qu’ils ne l’étaient auparavant. Et que la compréhension du hockey en général a évolué, faisant ainsi passer les exigences envers les joueurs et les arbitres à un niveau nettement supérieur.

Seul bémol, le talent

La direction des arbitres met tout en œuvre pour contrôler ce qu’elle peut. Condition physique, connaissance des règles, plateforme d’enseignement et supervisions. Au point peut-être d’en oublier l’essentiel, la détection des talents. Car c’est précisément ça qui fait toute la différence, comme chez les joueurs.

Reto Bertolotti se pinçait le nez pour décrire un arbitre talentueux. Une qualité que l’ancien chef des arbitres recherchait en priorité. Surtout à l’époque où il fallait non seulement sentir le jeu, mais avoir le courage pour assumer seul ses décisions. Une qualité qui se serait légèrement perdue au fil du temps.

Il ne fait aucun doute que les arbitres d’aujourd’hui ont nettement plus de moyens à disposition. Qu’ils sont sûrement mieux formés et encadrés. Qu’ils sont probablement mieux entrainés aussi. Mais ce petit truc en plus qui s’enseigne pas, qu’on appelle le talent, ne court toujours pas les rues.

Un manque qui peut uniquement être comblé par une tâche compliquée en Suisse, celle du recrutement. Pas sûr que les jeunes fribourgeois présents à la BCF Aréna mardi dernier soient très motivés à se lancer dans le métier.

Bonne semaine à toutes et à tous !
Stéphane