
Par Miguel Piccand
Impossible de ranger Rapperswil, Kloten, Langnau, Ambrì et Ajoie parmi les outsiders : leur objectif réaliste, c'est le Top 10 – voire le Top 12 pour Ambrì-Piotta et Ajoie – et ainsi éviter le play-out. Cinq trajectoires différentes, entre continuité, reconstruction et, pour l'une d'elles, une première historique à portée de main.
SC Rapperswil-Jona Lakers
Septièmes de la saison régulière et quart-de-finalistes accrocheurs face à Fribourg (poussés à la prolongation du 7e match, les Dragons étaient à un but des Saint-Gallois de… ne pas faire le titre), les Lakers ont confirmé sous Johan Lundskog que leur progression n'était pas un accident. La perte de Malte Strömwall, meilleur pointeur étranger parti à Zurich, est le principal manque à combler, mais Tyler Moy, très courtisé, a choisi de rester jusqu'en 2030 — et Fabrice Herzog, venu de Zoug, formera probablement avec lui un duo suisse costaud. Pour Strömwall, l'engagement de Kevin Labanc représente sur le papier un très joli coup. Reste un point noir jamais traité : la défense, onzième de la ligue à cause en partie d'une indiscipline chronique.
Points forts : la fidélité de Moy sur le long terme, et une attaque suisse renforcée par Herzog. Deux gardiens qui tiennent la route, également.
Point faible : une défense toujours identifiée comme maillon faible, sans renfort majeur.

EHC Kloten
Douzièmes malgré l'engouement suscité par Lauri Marjamäki, parti à Zoug, les Aviateurs changent de visage sous Michael Liniger, limogé en janvier lors d'un passage zougois éclair. Le coup de l'intersaison : Reto Berra, champion de Suisse et MVP des derniers play-off, vient épauler Davide Fadani, l'un des duos de gardiens les plus solides de la ligue. En défense, Kloten a un très, très bon binôme d'étrangers avec les Suédois Simon Johansson et Max Lindroth, et Dominik Schlumpf remplace Nicholas Steiner, blessé. Devant, tout repose sur le trio d'attaquants étrangers (Ruotsalainen, Puhakka et Aberg) et la progression des jeunes Suisses. Il y a du talent qui ne demande qu'à éclore avec Joel Henry, Kimi Körbler, Rafael Meier, Simon Meier ou bien toujours Mischa Ramel (23 ans).
Points forts : un duo de gardiens digne du Top 6, et une défense étrangère nettement relevée. Un effectif de jeunes qui n'a en théorie pas grand-chose à perdre.
Point faible : une attaque suisse encore incertaine, qui déterminera la tendance (et l'ambiance) des prochains mois. Sur le papier, les attaquants étrangers de Kloten ne sont pas les plus attractifs non plus, encore moins avec la blessure de Gignac

SC Langnau Tigers
Cela fait trois saisons que les Langnau Tigers de Thierry Paterlini arrivent à éviter les play-out (13e en 2022/23 pour la première du coach, puis 11e, 8e et encore 11e). Langnau démarre avec sept étrangers, du jamais-vu dans l'Emmental, pour donner un maximum d'options au cercle d'entraîneurs prolongé jusqu'en 2029. Le grand changement, pas le meilleur : le départ de Dario Rohrbach (meilleure saison de sa carrière) vers le rival de la capitale, « remplacé » par un Nando Egenberger d'un calibre nettement inférieur (parle-t-on encore de possible éclosion pour cet éternel espoir ?). En contrepartie, le duo suédois Jonathan Dahlen et Emil Pettersson doit densifier l'attaque, tandis que Kinnunen et Riikola restent un excellent tandem défensif, complété par Arno Nussbaumer. En défense, il faudra surveiller les progrès de Gian Meier arrivé de l'organisation de Frölunda (SHL). Peut-il constituer un renfort dès cette saison ?
Points forts : un secteur étranger inédit par sa profondeur, qui donne de vraies options en cas de coup dur.
Point faible : la perte de Rohrbach pèse lourd, sans réel remplaçant. Les seuls droitiers dans l'effectif susceptibles d'éventuellement pouvoir le remplacer sont Julian Schmutz et… Patrick Petrini.

HC Ambrì-Piotta
Ambrì-Piotta sort d'une saison cauchemardesque marquée par une communication catastrophique, trois entraîneurs différents (Cereda, Landry, puis Tapola) et un funeste treizième rang. Nouvelle ère avec Lars Weibel comme directeur sportif et Jussi Tapola, champion du monde 2026 comme assistant, enfin installé pour de bon car prolongé en mars dernier jusqu'en 2029. Mais le grand chantier attendu, la défense, n'a pas eu lieu : c'est le secteur le plus criant de faiblesse, Tim Heed et Jesse Virtanen affichant les deux pires plus-minus de la ligue chez les défenseurs étrangers, sans renfort pour compenser le départ de Jesse Zgraggen vers Ajoie. Le renouvellement s'est concentré en attaque, où la moitié des étrangers change et où les pertes de Dario Bürgler (retraite) et Dominic Zwerger (Bienne) paraissent « lourdes ». On s'attend à une saison très difficile en Léventine… De là à tout de même réussir à éviter le 14e rang ? Les play-out du moins semblent être difficiles à éviter. A moins que Tapola…
Points forts : un entraîneur de standing international enfin en poste, et une attaque étrangère qui peut surprendre. Järventie a le profil le plus sexy s'il peut éviter les blessures. Kodytek, le « Martschini tchèque » (168 cm) amène une vraie présence dans le slot et un peu de… nervosité.
Point faible : la défense, identifiée depuis longtemps comme le vrai problème, reste inchangée.

HC Ajoie
Au contraire d'Ambrì-Piotta, une tendance cette fois-ci plus positive en Ajoie ! Jamais Ajoie n'aura suscité autant d'attentes depuis son retour en National League en 2021 (oui je sais, le discours se répète quasiment chaque été), après cinq saisons à la dernière place. Le directeur sportif Julien Vauclair, réellement sous pression désormais, a pris / fait avec des décisions radicales : Hazen et Pedretti quittent le navire, Bellemare prend sa retraite, et le nouvel entraîneur Ville Peltonen, artisan de deux demi-finales, prend les commandes. La grande nouveauté est la réunion des frères Honka en défense — Julius rejoint Anttoni depuis Rapperswil — l'un des meilleurs duos de défenseurs étrangers de la ligue. Devant, quatre attaquants étrangers de qualité avec les arrivées de Daniel Carr et Kristian Tanus. On note surtout une vraie amélioration au niveau suisse avec plus de possibilités pour les entraîneurs : Jeremi Gerber peut être utile et va mettre des buts importants, Matthew Kellenberger avait fait bonne impression à Kloten, alors que Jesse Zgraggen, Nolan Diem et Deniss Smirnovs sont des joueurs avérés de l'élite. Pas de pointure donc, mais plus de solutions.
Points forts : la réunion des frères Honka, l'une des meilleures paires défensives étrangères de la ligue, et un entraîneur au vrai vécu de club à succès. Changement de mentalité à prévoir.
Point faible : le poids du « devoir » à rendre à son public. Ajoie n'a plus le choix, une nouvelle 14e place serait vraiment difficile à vivre pour tout le monde.
