
Par Miguel Piccand
Une nouvelle saison de National League démarre, et comme chaque année, la même question revient sur toutes les lèvres : qui a les armes pour aller chercher le titre fin avril prochain ? Cette saison, j'ai l'impression qu'il n'a jamais été aussi difficile de tirer cinq favoris du lot, les équipes semblent tellement proches. Mais les voici : Genève-Servette, Zoug, Zurich, Lugano et Davos. Vous avez bien lu, je ne liste pas le champion en titre fribourgeois parmi les cinq candidats les plus crédibles. Ces cinq formations ont des profils, des certitudes et des points d'interrogation bien différents. Voici mon tour d'horizon, prédictions de classement à l'appui.
ZSC Lions : le « favori » est-il vraiment si favori que cela ?
Sur le papier, Zurich reste l'équipe la plus complète de la ligue. Six des sept étrangers qui ont porté les Lions au sommet ces deux dernières saisons sont toujours là, et le secteur suisse s'est même renforcé avec les arrivées de Tim Berni et Simon Knak. Le vrai changement se situe derrière le banc : la légende canadienne Claude Julien (vainqueur de la Coupe Stanley, des Jeux Olympiques et du trophée Jack Adams) reprend les rênes. Reste une ombre au tableau : l'élimination sèche en demi-finale la saison passée, où le sextette étranger n'avait inscrit que deux petits buts sur toute la série. Si Zurich retrouve sa férocité offensive dans le money-time, difficile de voir qui peut l'empêcher de reconquérir son titre.
Points forts : une profondeur suisse inégalée dans la ligue (Zoug peut-être ?), véritable filet de sécurité si un étranger connaît un passage à vide comme la saison passée ; l'arrivée de Julien apporte une culture de gestion des matchs à élimination directe, précisément là où cela avait pêché en demi-finale contre Davos.
Point faible : un sextette étranger réduit à deux buts sur toute cette demi-finale n'a rien d'un accident de parcours isolé. Aussi, s'il est vrai que Zurich possède les deux meilleurs attaquants suisses, le reste peine à suivre la cadence.

Genève-Servette HC : la confirmation attendue
Après deux saisons blanches, GE Servette a spectaculairement relancé la machine la saison dernière : troisième de la saison régulière, demi-finaliste après avoir sorti son voisin lausannois. L'effectif reste quasiment identique, un choix qui traduit la confiance du club dans son groupe, avec pour seul renfort marquant en défense l'arrivée de Ramon Untersander. Devant, le trio finlandais Granlund-Manninen-Puljujärvi (si reconduit) était déjà le plus prolifique du championnat. Pourquoi ne pas le reconduire? Avoir une équipe un peu plus équilibrée ne serait sans doute pas une idée stupide. Le vrai chantier de l'été, c'est le banc : Sam Hallam, triple champion de Suède et ex-sélectionneur national, succède à Ville Peltonen. Son défi sera de transformer l'essai de la saison passée en trophée, une question en suspens demeure toutefois en attaque : Bozon, Jooris et Praplan comme leaders offensifs suisses, est-ce suffisant ?
Points forts : le trio finlandais (lorsque constitué) est sans doute la valeur la plus stable de toute la ligue d'une saison à l'autre, rien à prouver offensivement. Le gardien est solide et la seule vraie perte de l'intersaison (Berni) a été remplacée avec probablement un meilleur joueur (Untersander). Pas mal de raisons d'être optimiste à Genève.
Points faibles : un changement d'entraîneur, même avec un CV solide, reste le facteur le plus imprévisible d'une intersaison — Hallam n'a jamais dirigé une seule minute en National League ; la contribution suisse en attaque doit franchir un cap si Genève veut viser plus haut qu'une demi-finale.

EV Zoug : le pari du grand retour
Après un décevant huitième rang la saison passée, la marche vers le titre paraît plus haute pour Zoug que pour ses concurrents directs. Mais l'ambition affichée en interne ne trompe pas : Top 4 minimum, titre en ligne de mire. Le club mise sur des retours de poids, à commencer par celui de Lino Martschini après sa longue blessure aux ligaments, et sur l'arrivée directe de NHL du défenseur Jacob Moverare, qui forme avec Bengtsson et Sklenicka un trio (!) de défenseurs étrangers très intéressant. Devant la cage, Leonardo Genoni, 39 ans qui vient de prolonger jusqu'en 2030, semble encore fournir la marchandise sans trop de problème. Zoug a les pièces sur le papier ; reste à voir si elles s'assemblent aussi bien qu'espéré. Il faudra aussi un réveil des supposées « dynamites » du collectif zougois : on pense bien sûr à Grégory Hofmann, Tomas Tatar ou Jan Kovar.
Points forts : le retour de Martschini et l'arrivée de Moverare comblent presque exactement les lacunes qui ont coûté le huitième rang la saison passée ; l'air frais apporté par le nouveau coach Lauri Marjamäki et l'impression… que cette saison ne peut pas aller moins bien que la précédente pour Tatar, Kovar, Martschini et Bengtsson.
Point faible : passer d'un huitième rang à un Top 4 en une seule saison est un bond que peu d'équipes réussissent dans l'histoire récente de la ligue ; l'ambition affichée devra très vite se traduire en points au classement.

HC Lugano : la fin d'une trop longue attente ?
Cinquièmes de la saison régulière mais balayés 4-0 par Zurich en demi-finale, les Tessinois ont clairement identifié leur point faible : des étrangers offensifs trop souvent transparents. La réponse a été radicale, avec un secteur étranger devant quasiment entièrement renouvelé (Innala, Lycksell, Shore) aux côtés d'un Rasmus Kupari enfin remis sur pied. En défense et devant la cage, peu de choses changent (Lassi Thomson remplace Connor Carrick), et c'est plutôt une bonne nouvelle : le duo Schlegel-van Pottelberghe portait déjà la deuxième meilleure défense du championnat. Avec des Suisses en forme comme Fazzini ou Thürkauf (ce dernier n'a pas joué de la préparation et est évalué au jour le jour), Lugano semble avoir toutes les cartes en main pour retrouver une demi-finale qui interviendrait donc neuf ans après sa dernière apparition à ce stade de la compétition (!).
Points forts : une défense parmi les plus solides de la ligue, un socle qui limite la marge d'erreur même si l'attaque tâtonne en début de saison ; un Kupari enfin en pleine santé change la donne pour une équipe qui avait dû s'en passer presque toute l'année dernière. Est-ce que l'an II de Mittel sera meilleur que l'an I ? Tout semble réuni pour que cela soit le cas.
Point faible : faire cohabiter trois nouveaux attaquants étrangers en même temps est un pari collectif qui prend généralement plusieurs mois à se roder — un luxe que le calendrier n'offre pas forcément. Aussi, Schlegel peine souvent à se montrer décisif quand cela compte vraiment.

HC Davos : l'éternel outsider du sommet
Le titre 2026 semblait promis à Davos, avec une saison régulière extraordinaire, tombeur de Zurich en demi-finale avant de buter sur Fribourg en finale. Un scénario qui rappelle une réalité : le dernier sacre grison remonte à 2015. L'été a été marqué par des mouvements contrastés, avec le départ de Matej Stransky à cet instant pas compensé, l'arrivée de Ken Jäger et la signature du défenseur Frédéric Allard, qui devrait épater cette saison. Une certitude demeure : devant la cage, Sandro Aeschlimann et Luca Hollenstein forment toujours la meilleure paire de gardiens de la ligue. Et devant, le secteur offensif étranger de Josh Holden reste l'un des plus riches du championnat. De quoi rester, une fois encore, l'un des grands prétendants au titre qui continue de fuir les Grisons.
Points forts : le duo Aeschlimann-Hollenstein reste la meilleure paire de gardiens du pays, un avantage qui compte double dans des séries à élimination directe ; le secteur offensif étranger version Holden a déjà démontré l'an dernier qu'il pouvait sortir Zurich, la base est donc déjà là.
Point faible : Il faudra cependant remplacer Stransky et, d'un point de vue qualitatif, ce ne sera pas possible : hors NHL, personne n'est capable d'inscrire en moyenne 25 buts par saison régulière sur le long terme (soit 125 en cinq ans !). Il reste à voir si l'alchimie tiendra sans lui.
