
Par Miguel Piccand
Entre mes cinq grands favoris et le reste de la ligue, il y a une zone grise : celle des équipes qui ont, sur le papier, les moyens de jouer les trouble-fête en play-off, sans pour autant partir avec le même statut que Genève, Zoug, Zurich, Lugano ou Davos. Cette saison, quatre clubs occupent cette position particulière : le champion Fribourg-Gottéron, Lausanne, Bienne et Berne. Aucun n'est à exclure d'une belle campagne de play-off, mais chacun part avec une ou deux incertitudes de trop pour prétendre au rang de favori.
Fribourg-Gottéron HC : défendre un titre avec une ossature amputée
Champion de Suisse – un peu – à la surprise générale quand même, soyons honnête, Fribourg aborde cette saison dans une position différente de celle de l'an dernier. Pas facile de ne pas placer Fribourg parmi les cinq plus probables de gagner le championnat, mais j'essaie comme toujours d'être réaliste. Le club perd trois artisans majeurs de son sacre : Reto Berra est parti à Kloten, Attilio Biasca a rejoint la NHL et Julien Sprunger a raccroché les patins, sans oublier le départ de l'excellent Lucas Wallmark en attaque. Tout le monde connait l'importance de Berra et de Sprunger, mais à mon avis la perte de Biasca est du même ordre d'amplitude. Je rappelle que Fribourg n'arrivait pas à dominer Rapperswil en quart de finale avec le retour du nouveau joueur des Boston Bruins… Au total, ce sont 34 buts de saison régulière qui s'envolent, certes « un peu » compensés par les arrivées d'Anthony Richard et du très prometteur Jonas Taibel. Autre coup dur : Andrea Glauser, désormais capitaine, ne devrait pas revenir avant décembre ou janvier. Roger Rönnberg, l'entraîneur qui a réussi l'impensable reste toutefois aux commandes. Le champion de Suisse en titre a clairement affiché ses ambitions pour la Champions Hockey League (CHL). Peut-on dès lors penser que cela pourrait péjorer un peu ses performances en NL ? Aussi, Fribourg repart avec seulement 6 étrangers. Ce choix qui est largement commenté chaque année pourrait montrer ses limites en cas de blessures successives ou simplement… de mauvaise chance. Attention de ne pas brûler les ailes du Dragon.
Points forts : une défense qui reste solide autour de Kapla, Nemeth et Rathgeb, et un entraîneur qui a déjà prouvé qu'il pouvait dépasser les pronostics les plus prudents.
Points faibles : trois cadres majeurs partis représentent un vrai trou d'air. Bien sûr la chute de pression du champion est aussi un sujet, comme le fait que la CHL pourrait représenter une importante dose d'énergie utilisée ailleurs cette saison.

Lausanne HC : une défense pléthorique, une attaque sans son totem
Le LHC aborde la saison avec un effectif défensif impressionnant sur le papier – pas moins de douze arrières sous contrat début septembre – mais avec une inconnue de taille en attaque : le départ du nouveau Red Wing Théo Rochette, irremplaçable sur le marché des joueurs suisses disponibles, devrait se faire sentir au moins en début de saison. On en oublierait presque que le prometteur Axel Simic a signé. Ce « chantier » intervient après une sortie prématurée en quart de finale la saison passée, marquée par l'inconstance d'Austin Czarnik et Drake Caggiula. Devant la cage, c'est désormais une claire position de titulaire qui est allouée à Kevin Pasche. En défense, l'arrivée de l'ancien des Buffalo Sabres, Colin Miller, capable de 41 points en une saison NHL, pourrait presque dépanner offensivement si le besoin s'en fait sentir. Cette construction d'effectif du moins étonnante a aussi un point très positif puisque le LHC apparaît comme une forteresse derrière avec Brännström, Fora, Loeffel, Niku, Miller, Baragano, Heldner et… tous les autres. Il y a clairement trop de candidats derrière, et trop peu devant, et il apparaît clair que Lausanne doit transiger pour être compétitif cette saison. Si les échanges (?) sont de qualité, on peut penser que Lausanne sera compétitif, même si l'effectif des attaquants suisses paraît en retrait cette saison.
Points forts : une profondeur défensive sans équivalent dans la ligue (Genève peut-être ?). Le retour d'un Antti Suomela à 100%, qui a mené par deux fois Lausanne en finale en tant que leader principal de cet effectif.
Points faibles : la perte de son meilleur attaquant sans remplaçant direct, et un nouveau numéro un devant la cage qui doit encore faire ses preuves avec ce statut sur une saison complète.

HC Bienne : le mercato le plus spectaculaire de la ligue
Deux fois privé de play-off de suite, Bienne a de quoi hausser le ton grâce à un mercato mené tambour battant par Martin Steinegger. Le coup le plus spectaculaire porte un nom : Jeff Skinner, 1115 matchs de NHL, une pointe à 82 points en une saison régulière et… 380 buts inscrits, qui découvre l'Europe. Le revers de la médaille ? Pour ce que ça vaut, Skinner n'a disputé que… 5 rencontres de play-off durant toutes ses années de NHL. En défense, l'arrivée du jeune Suédois Victor Söderström et le retour d'Alexander Yakovenko viennent muscler un secteur déjà solidifié par Dario Trutmann. Quelques petites ombres au tableau : les Suisses de qualité dans ce championnat à six mercenaires autorisés par équipe ont une valeur inestimable. Et sur ce point, le forfait du jeune défenseur Nicklas Blessing, qui devrait manquer l'essentiel de la saison sur blessure, est une grosse perte. Tout comme le départ surprise de Johnny Kneubühler - qui avait déjà signé à Servette avant le début de la saison. Mais ils le seront quand même par Dominic Zwerger qui n'a plus grand-chose à prouver dans cette ligue, surtout s'il est en santé, et donc Trutmann. Mark Sever qui s'était déjà bien affirmé en fin de saison dernière sous Dubé est attendu au tournant et il est déjà « en feu » durant la préparation en marquant à chaque match ou presque.
Points forts : l'arrivée de Skinner change immédiatement le standing offensif du club, et la défense étrangère s'est nettement étoffée. D'ailleurs, les étrangers biennois semblent être dans le haut du panier de la ligue, proches de ceux de Genève et probablement au-dessus de ceux de Langnau.
Points faibles : la perte pour la saison de Blessing prive l'équipe d'une pièce prometteuse au moment où elle voulait justement muscler sa défense. C'est un nouveau championnat pour Söderström et surtout pour Skinner, attention à ne pas sous-estimer cet aspect.

CP Berne : le pari le plus radical de l'intersaison
Berne a vécu un été de rupture totale. Le directeur sportif Martin Plüss s'est séparé de plusieurs cadres suisses pourtant solides — Romain Loeffel, Ramon Untersander et Joel Vermin —. Etonnant de la part d'un club privé de demi-finale depuis 2019. Mais voilà, on désirait avoir un « vrai » numéro 1 devant la cage et ce sera désormais le cas avec Connor Hughes. Le nouvel entraîneur, le Québécois Serge Aubin, quintuple champion d'Allemagne mais qui avait vécu une expérience difficile avec les ZSC Lions en 2018/19 (remplacé par… Arno del Curto en janvier), doit relancer une attaque qui fut la douzième de la ligue la saison passée. Les renforts sont costauds sur le papier, avec l'arrivée de Sonny Milano, ailier NHL très attendu, Dario Rohrbach, Rodrigo Abols et de Rodwin Dionicio en défense. Aussi, il y a beaucoup d'espoir que Marco Lehmann, Marco Müller ou Emil Bemström soient de retour en forme.
Points forts : l'arrivée de Milano apporte un vrai calibre NHL offensif. Avec les Aaltonen, Bemström, Merelä et Abols, il y aura vraiment du choix pour Aubin. Concernant ce dernier, on ne peut tout simplement pas ignorer le fait qu'il ait été tout de même cinq fois en six saisons champion dans un championnat relevé comme la DEL.
Points faibles : le pari risqué d'avoir sacrifié plusieurs cadres expérimentés au profit d'un effectif encore à souder. Il faudra vraiment un excellent début de leur part pour éviter qu'un climat négatif comme lors des dernières saisons ne s'installe.
