
Texte de Miguel Piccand, Photos de couverture: zvg/nhl
En 2014 à Sotchi, la Suisse rêvait déjà d’un exploit olympique avec les joueurs NHL… sans jamais vraiment y croire. Douze ans plus tard, elle est meilleure, plus forte, plus crédible. Suffisant pour une médaille ? Cela relèverait d’un exploit incroyable et… d’un peu de chance aussi.
Je n'ai pas encore réagi à la sélection suisse annoncée le 7 janvier dernier. Bien sûr, j'ai été comme tout le monde étonné de voir certains noms y apparaître - par exemple Tim Berni (Genève) ou Ken Jäger (Lausanne). Mais je préfère ne pas y accorder trop d'importance et me focaliser sur les titulaires, car il est probable que ces deux joueurs mentionnés ne jouent pas une seule minute du tournoi.
Dès que l’on évoque une possible médaille suisse aux Jeux Olympiques de 2026, un souvenir me revient inévitablement : Sotchi 2014. Cette année-là était la dernière en date où la NHL avait autorisé ses stars à participer au tournoi. J'avais eu l'immense privilège avec des amis de pouvoir assister à tout cela dans le village olympique.
J'avais failli m'évanouir (sans exagérer) en découvrant Sidney Crosby à environ deux mètres de moi. Un autre souvenir est bien sûr la série de tirs au but entre T.J. Oshie et le duo russe Pavel Datsyuk – Ilya Kovalchuk (tous désormais retraités). Enfin, un dernier souvenir est celui de l'ancien Montréalais P.K. Subban – lui aussi retraité – qui rentrait très tard à vélo à son domicile du village olympique avec une athlète sur son porte-bagage – je n'en dirai pas plus. On avait pu échanger avec lui pendant environ 10 minutes et c'était franchement incroyable.
Cette année, en raison de beaucoup de nouvelles responsabilités sur le point de vue personnel, je ne pourrai malheureusement pas m'y rendre. Mais je suivrai le tout à la télévision bien sûr.
Cette année-là aussi, la Suisse sortait d’une finale mondiale (2013) et pensait avoir changé de dimension. Le verdict avait été cruel : une élimination rapide (ndlr.: après des victoires contre la Lettonie et la Tchéquie, la Suisse s'effondrait au tour de qualification contre… la Lettonie) et cette impression persistante que, lorsqu’elle devait faire le jeu, la Suisse n’était tout simplement pas au niveau.

Photo credits: zvg/nhl
Douze ans plus tard, la Suisse est une meilleure nation de hockey. Et elle l’a prouvé. Les finales des Championnats du monde 2013, 2018, 2024 et 2025 ne sont pas des accidents. Elles racontent une progression structurelle, une crédibilité nouvelle et une capacité à durer dans les grands tournois internationaux. Mais la question olympique reste différente. Et pour comprendre pourquoi, il faut justement revenir à Sotchi — et comparer.
En 2014, la Suisse reposait sur quelques figures majeures : Mark Streit, leader défensif en fin de carrière, Roman Josi, encore en pleine construction, Nino Niederreiter, jeune ailier prometteur, et Jonas Hiller devant le filet. Autour d’eux, l’écart avec les grandes nations était net, surtout offensivement. La Suisse compensait par l’organisation, la discipline et le courage. Cela n’avait pas suffi.
En 2026, le visage de l’équipe est différent. Roman Josi n’est plus un espoir mais un défenseur d’élite mondiale, capable de contrôler un match. Niederreiter est devenu un vétéran respecté par tous en NHL. Surtout, la Suisse dispose désormais de joueurs qu’elle n’avait pas à Sotchi : Nico Hischier, centre numéro un légitime et capitaine en NHL, Kevin Fiala et Timo Meier, capables de créer quelque chose à partir de presque rien. Janis Moser et Jonas Siegenthaler assurent quant à eux une assise défensive quasiment irréprochable.
Sur le papier, cette équipe est objectivement plus forte que celle de 2014. Et pourtant.
Le problème n’est pas tant la Suisse que le contexte olympique. Les finales mondiales récentes ont montré que la Suisse sait battre presque tout le monde… dans un cadre IIHF. Aux Championnats du monde, le Canada, les États-Unis ou la Suède arrivent rarement avec leurs effectifs idéaux — contrairement à la Suisse, qui a la chance énorme de pouvoir compter sur des NHLers très investis.
Aux Jeux Olympiques avec joueurs NHL, c’est une autre histoire. Ces nations sont clairement supérieures par leur profondeur, leur talent pur et leur capacité à faire basculer un match sur une action individuelle. La Suisse a progressé, mais l’écart ne s’est pas inversé. Elle est passée du statut de nation courageuse à celui de nation solide et respectée, pas à celui de favorite. Face au Canada, aux États-Unis ou à la Suède, elle devra toujours espérer un match parfait, un gardien en état de grâce et une efficacité maximale. Le moindre grain de sable — blessure, méforme ou power-play en panne — peut être fatal.
C’est là que le « hasard » devient central. Un quart de finale contre le Canada ou les États-Unis rendrait toute médaille presque illusoire. En revanche, un chemin passant par la République tchèque ou la Finlande — pourtant supérieures sur le papier — pourrait offrir une vraie chance d’atteindre les demi-finales. Non pas parce que la Suisse serait favorite, mais parce que ces confrontations laissent une marge tactique, émotionnelle, presque psychologique. Dans un match à élimination directe, tout peut arriver.
Au fond, Milan-Cortina 2026 ne sera pas un Sotchi 2014 bis. La Suisse est meilleure, plus mature, mieux armée. Mais les Jeux Olympiques avec joueurs NHL restent un environnement impitoyable, où les hiérarchies sont rarement renversées. Une médaille suisse n’est pas impossible — mais elle reste hautement improbable, dépendante d’un alignement presque parfait des circonstances.
Avec une affiche favorable... qui sait? J’ai envie d’y croire, même si je sais que la probabilité que cela arrive ne dépasse sans doute pas 5 %.
Hop Suisse! Il est temps de confirmer, sur la scène mondiale, que ce rêve peut exister. D’autant plus que le pays vit peut-être la dernière olympiade d’une génération dorée avant un bon moment. C'est aussi la dernière olympiade sous la houlette de Patrick Fischer.