
Texte de Miguel Piccand, Photos de couverture: zvg/Keystone SDA
La Suisse entre aujourd’hui dans «son» Championnat du Monde avec un certain statut : celui de favorite crédible au titre. Portée par une génération dorée et par l’enthousiasme d’un tournoi disputé à domicile entre Zurich et Fribourg, la sélection helvétique rêve enfin de transformer ses frustrations passées en premier titre mondial. Après plusieurs finales perdues ces dernières années, le moment semble n’avoir jamais été aussi favorable.
Une génération qui ne veut plus échouer si près du but
Le grand jour est enfin arrivé. Dix-sept ans après avoir accueilli pour la dernière fois un Championnat du Monde – en 2009, la Suisse replonge dans l’effervescence du hockey international avec l’édition 2026 de l’IIHF disputée à Zurich et Fribourg. Dès aujourd’hui et jusqu’à la finale du 31 mai, le pays entier vivra au rythme d’un tournoi qui pourrait marquer un tournant historique pour la sélection helvétique.
Car cette fois, la Suisse n’avance plus dans la peau d’un outsider sympathique capable de surprendre sur quelques matches. Elle figure parmi les véritables favoris au titre mondial. Une reconnaissance construite au fil des années grâce à la progression spectaculaire du hockey suisse, devenu une référence européenne tant au niveau de la formation que de la qualité de sa National League.
Les résultats récents expliquent ce nouveau statut. Finaliste malheureuse contre la Suède en 2013 puis en 2018, battue par la République tchèque en 2024, la Suisse a multiplié les rendez-vous manqués au moment de toucher l’or. Et comme si le destin s’acharnait, elle a encore vu le titre lui échapper en 2025 sur un tir assassin de Tage Thompson. Ces défaites ont laissé des traces. Mais elles ont surtout forgé une équipe plus mature, plus dure mentalement et convaincue qu’elle appartient désormais au sommet du hockey mondial.
Cette génération possède tout ce qu’il faut pour viser l’or. Roman Josi reste le leader naturel de l’équipe, lui qui symbolise depuis bientôt deux décennies l’ascension du hockey helvétique sur la scène internationale. Autour du défenseur bernois gravitent des joueurs de tout premier plan comme Nico Hischier, capitaine des New Jersey Devils et véritable visage de cette sélection. L’attaquant valaisan vivra un moment particulier devant son public, lui qui rêvait enfant de participer à un Mondial à domicile.
Avec Nino Niederreiter, Timo Meier ou encore Sven Andrighetto, la Suisse possède une profondeur offensive rarement atteinte dans son histoire. L’absence de Kevin Fiala, blessé lors des JO contre le Canada, prive toutefois la Suisse d’un de ses attaquants les plus explosifs. La stabilité du staff et le travail réalisé depuis de nombreuses années par Patrick Fischer ont également permis de créer une véritable identité de jeu: une équipe disciplinée, intense physiquement et capable de rivaliser avec n’importe quelle nation. Toutefois, Fischer n’est plus le maître à bord.

Roman Josi / Photo: Keystone - Melanie Duchene
Une concurrence féroce malgré l’avantage du terrain
Si les attentes sont immenses, la route vers le titre s’annonce néanmoins extrêmement compliquée. Le niveau général du tournoi promet d’être particulièrement élevé avec plusieurs sélections construites pour gagner immédiatement.
La Suisse lancera son tournoi à Zurich dans une poule A relevée où figureront les États-Unis, la Finlande, l’Allemagne, la Lettonie, l’Autriche, la Hongrie et la Grande-Bretagne. Les Américains débarquent avec une équipe jeune et talentueuse, tandis que la Finlande reste l’un des modèles absolus du hockey mondial grâce à sa rigueur collective et son expérience des grands rendez-vous.
L’Allemagne, finaliste surprise du Championnat du Monde 2023, continue également sa progression et ne doit surtout pas être sous-estimée. Quant à la Lettonie, médaillée de bronze il y a trois ans, elle reste capable de faire tomber les meilleures nations sur un match couperet.
Dans l’autre groupe, installé à Fribourg, le Canada attire évidemment tous les regards. La présence de Sidney Crosby donne une dimension supplémentaire au tournoi. Triple vainqueur de la Coupe Stanley, champion olympique et déjà sacré mondialement en 2015, la légende canadienne veut encore enrichir un palmarès immense après la désillusion vécue aux Jeux olympiques. Les Canadiens partageront la poule B avec la Suède, la République tchèque, le Danemark, la Slovaquie, la Slovénie et l’Italie.
La Suède, emmenée notamment par plusieurs stars NHL, fait elle aussi partie des grands favoris. La République tchèque, championne du Monde 2024, voudra confirmer sa forme actuelle. Autrement dit, la moindre erreur pourrait coûter très cher dès les quarts de finale.
Zurich et Fribourg prêtes à vibrer
Au-delà de l’aspect sportif, ce Mondial représente une immense fête populaire pour tout le pays. Zurich accueillera les matches de la Suisse, tandis que Fribourg, encore portée par l’euphorie du sacre historique de Gottéron, aura l’honneur de recevoir le Canada de Sidney Crosby et plusieurs affiches prestigieuses. Dans les deux villes, l’ambiance promet d’être exceptionnelle.
Les organisateurs espèrent battre des records d’affluence et profiter de l’engouement extraordinaire suscité par le hockey ces dernières années. Dans de nombreuses villes, des fan zones ont été installées et plusieurs rencontres affichent déjà complet depuis longtemps. Le tournoi doit également servir de vitrine pour confirmer la place prise par la Suisse dans le paysage mondial du hockey.
Mais pour le public helvétique, une seule image ferait véritablement entrer cette compétition dans l’histoire: voir enfin le capitaine suisse soulever le trophée mondial devant son public. Longtemps, cette perspective semblait irréaliste. Aujourd’hui, elle apparaît crédible.
La Suisse possède l’expérience, le talent et la maturité nécessaires pour aller au bout. Reste désormais à gérer une pression énorme. Car lorsque l’on joue à domicile avec l’étiquette de favori, chaque match devient un événement national.
Après des années passées à frôler le rêve, le hockey suisse se retrouve face à son rendez-vous avec l’histoire. Devant son public, avec la génération la plus talentueuse qu’il ait connue, il n’a peut-être jamais été aussi proche de décrocher enfin l’or mondial.
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