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Article - Signé Stéphane – Le Québec, l’hiver et le hockey

En 1995, si le référendum sur la séparation du Québec n’avait pas échoué de justesse, l’hymne nationale aurait été la chanson « Mon pays, ce n’est pas un pays, c’est l’hiver ». Aujourd’hui, avec la fièvre du hockey autour des Canadiens de Montréal, ce titre pourrait être remplacé par « Mon pays, ce n’est pas un pays, c’est le hockey ». 

D’où je viens, il y a des choses qui refusent de changer. Comme ces interminables hivers avec des routes glacées entourées de bancs de neige. Avec des cristaux de neige folle que les forts vents transforment en véritable « poudrerie ». Sans oublier les avertissements de froid intense à -30 ou -40 degrés avec le dangereux facteur éolien. Que du plaisir.   

C’est le Québec, avec son maudit hiver de « marde » qui fait râler tout le monde parce qu’il fait « frette » et qu’on doit pelleter la neige « à tout bout de champ ». C’est-à-dire sans arrêt. 

Si on ne s’habitue jamais à cet air glacial pendant des mois, on s’en accommode souvent en passant du temps à regarder des matches de hockey. Ceux de la NHL. Plus particulièrement ceux du Bleu Blanc Rouge, des Glorieux, de la Sainte Flanelle. Plus connu sous le nom de Canadiens de Montréal. 

On répète souvent qu’il n’y a que deux saisons au Québec. L’été, et celle des Canadiens.

Montréal au fond du trou

Il y a une année, le club appartenant à la famille Molson, propriétaire de la brasserie du même nom, végétait dans le bas du classement. Tout allait de travers. Les partisans se défoulaient sur leurs favoris en affirmant qu’ils étaient « pourris ». Une honte pour le club qui fait la fierté des 6 millions de francophones noyés dans une marée anglophone en Amérique du Nord.  

C’est la maudite réalité du Québec et la raison pour laquelle on traduit tout, même les termes du hockey. Rondelle à la place de puck, but au lieu de goal, repli défensif pour back-check, double échec pour cross-check, etc… 

Tout ça pour éviter de perdre notre belle langue. Un défi de tous les jours dont les Européens ne soupçonnent pas l’ampleur.

La couverture médiatique

Centre Bell

Les nombreux médias qui couvrent les activités du club comme un véritable feuilleton quotidien étaient impitoyables la saison passée. Il faut avouer qu’ils sont échaudés par de nombreuses années de vache maigre. La dernière Coupe Stanley remonte en effet à 1993.   

La liste des reproches était longue. Aucun gardien capable d’épauler Carey Price. Manque de défenseurs gauchers. Pas de véritable joueur de centre numéro un. En difficulté, Jesperi Kotkaniemi, choix numéro 3 de la draft de 2018, a même été renvoyé au club d’AHL. Une occasion de plus pour « varger » sur le système de recrutement. 

C’est le Québec avec son maudit côté râleur. Du genre jamais content envers son équipe mais surtout envers son gouvernement. Une mentalité qui ressemble étrangement à celle de leurs cousins français.

Le coup de sort

Sur un coup de chance et en raison de l’arrêt prématuré du championnat, les Montréalais ont participé aux playoffs estivaux. Et contre tout attente, ils ont battu la bande à Sidney Crosby. Il n’en fallait pas plus raviver la flamme et rajouter un chapitre au téléroman si cher aux Québécois. 

Même s’ils se sont inclinés au tour suivant, certains problèmes étaient résolus selon les spécialistes. Kotkaniemi, 20 ans, et Nick Suzuki, 21 ans, auraient notamment démontré que l’avenir était assuré au centre. Tellement qu’on ose aujourd’hui comparer les qualités de « KK » à celles de Jean Béliveau. Et les attributs de Suzuki à ceux de Wayne Gretzky. 

C’est le Québec et ses maudits extrêmes. Une « victoire de suite » est annoncée comme une série. Une « défaite consécutive » et c’est la remise en question. Les bons joueurs, trop rapidement portés aux nues, sont parfois détruits en un rien de temps. Surtout s’ils parlent français.

Les nouveaux joueurs

Josh Anderson

Là aussi, coup de sort. Restrictions budgétaires obligent, la compétition était moins féroce sur le marché des agents libres. Montréal, qui avait de l’espace sur la masse salariale, en a profité pour signer des joueurs qui permettent de gommer ses faiblesses. Et d’échanger certains éléments perturbateurs à l’exemple de Max Domi. 

Certains ont même été annoncés comme des hommes providentiels, à l’image de l’attaquant de puissance Josh Anderson. Un joueur du type gladiateur qui va brasser dans les coins et devant le but. Exactement comme on les aime en NHL. Et qui devrait, par ailleurs, faire des points. Ce qu’il n’a jamais fait sur une base régulière, même en juniors. 

Un joueur qui a subi des blessures majeures aux épaules. Ce qui est plutôt problématique lorsque vos qualités sont basées sur le jeu physique. Mais ceci n’a pas empêché le General Manager Marc Bergevin de lui accorder un contrat de 7 ans d’une valeur de 38,5 millions. Au diable la dépense ! 

Dans ce Québec aux tendances politiques de gauche, on juge pourtant que c’est « une maudite bonne affaire ». Il n’y a rien de trop beau pour la classe ouvrière lorsqu’il s’agit des Canadiens.

En route vers la Coupe

Tous s’accordent à dire que l’équipe sise au Centre Bell à Montréal est excellente. Qu’elle aura de belles cartes à jouer dans la division canadienne composée de sept équipes. Leur début de saison est d’ailleurs réjouissant et rempli de promesses. 

Dans tout le Québec, on s’emballe. Même le premier ministre salue le travail du directeur sportif Marc Bergevin. Lui et l’entraineur Claude Julien, vivement critiqués il y a une année à peine, portent maintenant les espoirs de tout un peuple. Celui de gagner cette maudite Coupe Stanley. 

Des partisans des anciens Nordiques de Québec déménagés au Colorado en 1995 soutiennent aujourd’hui les Canadiens. Un truc inimaginable tellement la rivalité était intense et a laissé des traces indélébiles dans certaines familles. 

Mon père, âgé de 83 ans, a déjà joué dans le « farm-team » des Canadiens à l’époque des six équipes originales. Et il les suit sans relâche depuis 1945. D’abord à la radio, puis à la TV noir et blanc, et aujourd’hui sur un grand écran, les soirées devant une « game » de hockey ont toujours été une tradition chez nous. 

Aujourd’hui seul à la maison, il ne rate pas un match en espérant secrètement une dernière Coupe Stanley avant de partir pour de bon. 

Car ma famille, ce n’est pas une famille, c’est le maudit hockey. 

Bonne semaine à tous
Stéphane