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Article - Signé Stéphane – L’argent fait le bonheur

Tout ce qui est cher n’est pas forcément bon. Mais tout ce qui est bon est forcément cher. La récente finale n’a pas fait exception au célèbre dicton avec la victoire d’une grosse cylindrée.

Nous avons assisté à une superbe finale, probablement le meilleur hockey jamais présenté en Suisse. Rapidité, exécution, tactique, jeu physique, tout y était. Ceci grâce à de véritables artistes venus d’ici et d’ailleurs. Avec l’aide aussi d’Helvètes de retour au bercail comme Andrighetto, Malgin, Weber ou encore Hofmann.

Une excellente vitrine pour notre hockey national, certes. Mais ces équipes ne sont pas nécessairement une fidèle représentation de la réalité de notre championnat. Car elles ont été fabriquées à l’aide de moyens colossaux et soutenues par de riches mécènes. Les titres sont un luxe que tous les clubs ne peuvent s’offrir.

Zoug a remporté une superbe finale, probablement le meilleur hockey jamais présenté en Suisse.

Pas besoin d’être comptable pour réaliser que l’EVZ et les ZSC Lions se situent devant la majorité des autres équipes financièrement. Et qu’ils le seront encore plus avec la nouvelle formule à quatorze équipes et six étrangers. Un mode de championnat qui accentuera sans doute le clivage entre les riches et les pauvres.  

Pour qu’une expansion ait un certain sens sur la glace, elle doit impérativement s’accompagner de règles sur le partage des richesses. Surtout dans un petit pays comme la Suisse, où les nouveaux marchés morcèlent souvent les autres en termes de sponsors et de public. Un contexte dans lequel il est difficile pour les « petits » de devenir compétitifs.

La National League 2.0

Les annonces concernant un plafond salarial ont été reléguées aux oubliettes dès le moment où les aides étatiques suite au Covid ont été accordées. Nous voici donc plongés dans cette nouvelle National League, celle qui cantonnera d’avantage les néo-promus et les moins nantis aux rôles de sympathiques figurants.

Une réalité qui subsistera malgré le fait que plusieurs clubs soient passés dans la classe « moyenne supérieure » à la suite d’investissements dans les infrastructures. On pense notamment à Bienne, Fribourg et Lausanne. De quoi nous donner un sentiment de parité en championnat. Mais dans les faits, ce sont souvent les mêmes qui gagnent en playoffs.

L’impact des « clubs écoles »

Au-delà des monstres budgets avoués pour leur première équipe, Zoug et Zurich ont également assumé les coûts des seules véritables « farm teams » du pays. Des investissements conséquents qui ont peut-être rapporté en terme de profondeur de banc, mais rarement en termes de joueurs vedettes.  

Car selon plusieurs spécialistes, l’environnement et les habitudes de travail autour de la Swiss League sont peu propices au développement des jeunes étiquetés National League. Des talents purs qui ne se bonifient pas forcément au contact de joueurs dont l’exécution et la compréhension du jeu ne sont pas forcément à leur niveau. Un phénomène connu depuis longtemps.   

Outre les coûts et le sentiment de rejet de la part des clubs phares, c’est peut-être une des raisons qui ont incité les Zougois à retirer leur équipe de Swiss League. Il sera d’ailleurs intéressant de voir ce qu’il adviendra de leurs meilleurs juniors, le départ du talentueux défenseur Dario Sidler (18 ans) en direction de Lausanne étant sûrement un premier indice.

Discours de coaches

Les finalistes Rikard Grönborg et Dan Tangnes sont excellents pour les interviews sur MySports. Les réponses sont toujours claires et bien étayées. De vrais discours de hockey, sans feutre ni tableau pour expliquer leur tactique devant la caméra. Un show réservé au très volubile Christian Wolhwend.

On remarque aussi un changement de cap dans les termes utilisés par les entraineurs. À l’instar de Martin Saint-Louis à Montréal, le coach de Zoug ne parle plus vraiment de système, mais plutôt d’habitudes de travail. Des principes de base autour desquels les joueurs peuvent garder une certaine liberté sans revenir au système libertaire « lire et réagir » de l’époque.

Dan Tangnes

D’autres entraineurs parlent de lignes de patinage et de protocoles collectifs. Ou encore de décisions différentes à prendre si la rondelle se trouvent à l’intérieur ou à l’extérieur des lignes imaginaires formées par les points d’engagement. Comme une sorte de saucissonnage de la glace dans l’axe nord-sud.

À l’évidence, de plus en plus de coaches constatent que les joueurs de talents sont « coincés » par les systèmes traditionnels. Que ceux-ci les empêchent parfois de laisser libre cours à leur instinct. Ce qui nuit grandement au spectacle et qui ne permet pas aux équipes de tirer le meilleur de leurs éléments clés.

Et quand les meilleurs joueurs ne sont pas les meilleurs sur la glace, tout l’argent investit sur les stars ne fait forcément pas le bonheur des clubs, des fans et des propriétaires.

Bonne semaine à tous !
Stéphane